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La
ligne en a marre. Trop c’est trop !!
Il
est temps de quitter ce papier de crabe et de s’envoler ! Elle ne veut plus de la dictature des portées, qui imposent une image usurpée de la beauté et rendent les lignes austères, répétitives et froides. Elle en a marre de former des mots, la ligne, d'être coincée dans un alphabet où les lettres ne lui rendent plus hommage, engoncée dans une dictature de lisibilité calligraphique où il n'y a pas de place pour le jeu à l'élastique ou la tarte aux pommes! . Elle veut vivre, la ligne. Oui,vivre!
Elle
n’appartient à personne, la ligne, même pas à la portée, et encore moins
à l'alphabet! Elle veut danser,
s’amuser s’envoler, vivre pour elle-même, par elle-même. Ne plus avoir de
compte à rendre, ne plus se fier aux apparences, ne plus suivre la règle du
jeu.
Elle
veut être elle-même. Cracher dans la soupe, si elle en a envie, faire des pâtés
si bon lui semble, se vautrer par terre, ou chanter à tue-tête. Qui a dit que
la ligne devrait toujours être belle, contrôlée et tendue ? Qui peut prétendre
qu'un style de ligne
lui appartient ? Pourquoi vouloir la posséder ? La ligne est libre et
elle revendique ses droits : courir, tourbillonner ou s’agglomérer où
et quand bon lui semble ; même de faire grève de temps en temps ! Et si elle a froid, si elle est triste, et si elle a envie de pleurer ? La ligne a le droit de trembler, d’avoir peur ou de se briser, d’être déprimée, de ne plus avoir goût à la page. Elle a également le droit à la lenteur, à la plénitude et même au silence. Au plaisir d'être là et maintenant, à se contenter de son état de ligne éveillée, méditative, calme et solitaire, dans ces paysages de formes bien agités!
Elle
a aussi le droit de devenir tâche,
même si elle ne ressemble plus à une ligne. Elle, elle se trouve ligne, et c’est bien comme ça ! De temps en temps, elle aspire aussi à la paresse,
à la mollesse et même pourquoi pas à la décadence. Une ligne bien sale,
dégoulinante de partout, quel délice anarchique!
C’est
qu’elle a des complices la ligne ! Il y a le pinceau
flagadapoumpoum, une petite merveille. Il ne ressemble à rien : trois
poils sur le caillou. Tenu de n’importe quelle façon, par des doigts souvent
noirs, noués, encrés, il erre au
gré des feuilles, dé-taché de tout, ne pensant pas à son prochain plongeon
dans l’océan de matière. Il s’appuie et se relâche soigneusement,
caressant de ses poils peu scrupuleux, le ventre tendu et soyeux de la page. La
ligne respire amplement, pouvant voguer au gré de ses fantaisies, de ses
humeurs, libre enfin de ses geôliers qui la retenait emprisonnée derrière des
grilles.
Puis,
il y a le fameux tire-ligne, tireur de giclures, toujours pressé, petit,
nerveux, tendu ; la ligne à bien du mal à le calmer, à lui faire
entendre raison. Elle est nerveuse, la ligne, d’autant plus qu’il souffre de
schizophrénie et du syndrome de « mode ».
La
plume d’oie, fine, souple, élégante et légère, elle, est une vraie
princesse....!Mais sous ses airs d’aristocrate guindée, elle cache un jeu subtil et
sulfureux de petite sauvageonne. Il lui suffit d’une légère inclinaison,
d’un positionnement à l’équerre sur la feuille, d’un relâchement de son
corset, pour qu’elle postillonne et crache ses plus belles tâches amoureuses.
Mais quelle légèreté ! Quelle souplesse ! Brillante, coquine et
douce à la fois, la ligne rayonne sur la page.
Le
carton, quant à lui, livre des traces sèches, fluides ou onctueuses ;
tout dépendra de son état de sobriété. Trop d’eau, et la ligne perd de son
éclat, pas assez, et elle se dessèche misérablement.
Enfin,
la pipette, de longueur diverse, offrira des coulis de framboise, de cassis ou
de chocolat, à la ligne chantilly. Poisseuse, onctueuse, souvent trop sucrée, la ligne gourmande et gourmette se regorge de ses mets délicieux
et troublant en oubliant ses revendications. Une
ligne doit garder la ligne, non ?? Voilà! Tout est dit (ou presque). Il n' y a plus de temps à perdre. Vas-y ma jolie, va explorer les contrées magiques qui nous entourent! Joue, chante, crie ou pleure, mais exprime toi! Parle nous de l'aurore, du vent qui souffle là-haut, d'un caillou qui tombe dans l'eau ou du chant d'un coquelicot. Cherche, creuse, et trouve. Fait nous rêver! et surtout aligne toi sur personne et reste toi-même!
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